Nouvelle introduction de Thérapie Sociale que nous proposons à Paris du 25 au 29 septembre 2013.
Information sur cette formation courte ici: http://www.institut-charlesrojzman.com/introductions_552.htm
Formulaire d'inscription à télécharger là: http://www.institut-charlesrojzman.com/Files/formulaire_inscription_introduction_paris_septembre_2013.pdf
L'actualité vue par Charles Rojzman et toute l'actualité de la Thérapie Sociale
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lundi 13 mai 2013
mercredi 1 mai 2013
Le retour à l'intime
En ce temps de crise morale et économique, la tentation est grande de se retirer dans l’intime. C’est que fait notre gouvernement en faisant passer en force une des promesses du candidat devenu Président, le « mariage pour tous » , ayant peut-être ouï dire par ses communicants qu’il avait là une clientèle. Grave erreur de stratégie ou communication habile à récupérer les voies électorales enfuies, l’avenir prochain le dira.
En attendant la question reste posée. Déçus par la politique, ses promesses et ses mensonges, nos contemporains se réfugient dans la sphère privée, là ou au moins ils ont l’impression d’avoir du pouvoir : la possibilité de se changer soi-même pour un meilleur-être ou de changer les autres par de meilleures relations amicales, conjugales, familiales ou professionnelles. Ils se tournent vers la psychologie ou la spiritualité, espérant trouver ce bonheur et ce bien-être si peu présents dans la vie sociale.
Hélas, vie personnelle et vie sociale ne font qu’un en réalité. La crise emporte avec elle les emplois, les carrières, les épargnes bientôt, sauf pour une minorité de privilégiés.
Les démarches de développement personnel inspirées par la psychologie humaniste sont nées dans les années cinquante et soixante aux Etats-Unis et les années soixante dix en Europe, dans une période de plein emploi et où l’espoir d’un monde meilleur était vivace dans toutes les couches de la population.
Il n’en est plus de même aujourd’hui mais ne restons-nous pas un peu nostalgiques de cette période ?
Aujourd’hui, ce que nous entendons dans nos groupes de Thérapie Sociale, c’est une angoisse de l’avenir qui ne parvient pas à trouver de véritable réponse individuelle. La vie psychologique comme le disait déjà Freud est intimement liée à la vie sociale et politique. Ce qui signifie que l’individu ne peut « guérir » sans interroger sa relation au monde et aussi que la transformation de la vie sociale et politique ne peut se faire sans une prise en compte de l’état psychique des membres de la collectivité.
Prisonniers de leur discipline respective, psychologues et politiques n’ont-ils pas tendance à l’oublier trop souvent ?
(article rédigé avec Nicole Rothenbühler)
Le mur des cons du syndicat de la magistrature
Les cons, ce sont les autres, ceux dont les idées ne nous plaisent pas et que dans les cas extrêmes, nous qualifions de « nauséabondes » pour dire que ce sont des idées qui puent. A une époque, certains caricaturistes dessinaient Jean-Marie Le Pen avec une gueule ouverte d’où sortaient des mouches ou autres insectes issus d’un corps putride.
Bien sûr, ce qui est grave dans cette histoire c’est que ce mur des cons a été patiemment élaboré par des magistrats, censés être neutres et indépendants de tout pouvoir et non par des lycéens qui s’amusent à la récréation à caricaturer leurs profs ou leurs condisciples.
On peut s’interroger. Ces hommes et ces femmes ne sont pas plus fous et idiots que la majorité de nos concitoyens. Ils sont même très éduqués, ont réussi à passer des concours difficiles, exercent une profession socialement favorisée et ils ont une moralité certaine. Comment en arrivent-ils à avoir ces comportements de potaches ? Curieusement, on ne s’est pas souvent posé la question. Les condamnations ont abondé, y compris de la part de certains de leurs amis politiques, mais on ne s’est pas vraiment interrogé sur les causes de ce comportement.
Lorsque nous sommes avec un groupe et que nous observons des réactions de ce genre, des rires complices et moqueurs, des dessins griffonnés sur des papiers volants, nous ne nous disons jamais qu’il s’agit de réactions anodines mais nous essayons de comprendre ce qui se passe. Ce n’est jamais indifférent.
Il y a d’abord un esprit de clan. Certains magistrats peuvent ne pas être d’accord d’épingler ainsi sur ce « mur des cons » des photos de personnalités politiques ou de citoyens comme le père de cette jeune fille assassinée mais ils n’osent pas résister à l’ambiance du groupe, ils relativisent l’importance de l’acte, ils laissent faire. D’autres ont besoin de camper dans une idéologie qui ne supporte aucune contradiction et recherchent ainsi une cohérence intérieure. D’autres encore sont pris dans le jeu et réagissent comme des enfants pour soulager les diverses pressions qui s’exercent sur eux et dont ils se vengent.
Au delà des condamnations, il faut s’interroger : de tels comportements infantiles ne sont-ils pas le signe tangible d’une déconnection de la réalité qui affecte aujourd’hui une partie de nos élites politiques et médiatiques ?
Ils traduisent également l’état d’une démocratie dans lequel le débat conflictuel nécessaire est remplacé par la violence de l’invective, de l’insulte et de la caricature blessante. La violence ici, c’est le jugement asséné qui réduit l’autre, l’adversaire politique à sa bêtise, à sa connerie. Il n’y a pas de place pour le respect de l’adversaire qui ne partage pas nos idées mais qui néanmoins doit exister autant que nous dans une société démocratique. Il y a de la place seulement pour celui qui pense comme nous, qui a cette intelligence de penser comme nous.
Les magistrat du Syndicat de la Magistrature à leur façon témoigne de cette tragédie contemporaine : la violence qui est dans les têtes et qui préfigure peut-être des affrontement radicaux et sans merci.
( article rédigé avec Nicole Rothenbühler)
Après Boston
Tout
juste après l’attentat de Boston, nous nous sommes retrouvés « en
ligne » avec quelques-uns de nos étudiants de Temple University de
Philadelphie.
Visiblement cet attentat survenu sur la ligne d’arrivée du marathon a réveillé chez uns d’autres traumatismes. Sans parler du 11 septembre 2001, l’attentat a ravivé la blessure de Newton, de cette fusillade commise par Adam Lanza et qui fit plusieurs dizaines de morts dans une école élémentaire.
Ces deux jeunes d’origine tchéchène étaient apparemment des jeunes bien sous tous rapports comme Adam Lanza. Ils n’étaient ni pauvres, ni victimes de racisme ou de discrimination mais au contraire « successful » selon les critères américains : sportifs, studieux…
En réalité, beaucoup de jeunes américains de toutes origines sont attirés par des thèses extrémistes, qu’ils soient blancs chrétiens ou musulmans et parfois peuvent passer à l’acte terroriste. Cet événement interprété en Europe comme un fait d’armes de l’Islam radical à la Al Quaida est vu par nos étudiants américains, noirs, blancs ou hispaniques comme le symptôme d’un dérèglement psychotique d’une partie de la jeunesse. Ces tueurs qui sont des « jeunes comme tout le monde, apparemment intégrés dans leurs communautés dévoilent les tensions en cours dans la société américaine. « Pourvu qu’ils ne soient pas musulmans » disait-on avant de découvrir qu’ils l’étaient. Et d’autres disaient : « Pourvu qu’ils ne soient pas des extrémistes de droite ».
Le tissu social se déchire, là-bas comme ici et les visions du monde et de la famille suscitent des combats fratricides au sein des nations dites civilisées. La France n’est pas épargnée en ce temps de crise et d’inquiétude morale.
Visiblement cet attentat survenu sur la ligne d’arrivée du marathon a réveillé chez uns d’autres traumatismes. Sans parler du 11 septembre 2001, l’attentat a ravivé la blessure de Newton, de cette fusillade commise par Adam Lanza et qui fit plusieurs dizaines de morts dans une école élémentaire.
Ces deux jeunes d’origine tchéchène étaient apparemment des jeunes bien sous tous rapports comme Adam Lanza. Ils n’étaient ni pauvres, ni victimes de racisme ou de discrimination mais au contraire « successful » selon les critères américains : sportifs, studieux…
En réalité, beaucoup de jeunes américains de toutes origines sont attirés par des thèses extrémistes, qu’ils soient blancs chrétiens ou musulmans et parfois peuvent passer à l’acte terroriste. Cet événement interprété en Europe comme un fait d’armes de l’Islam radical à la Al Quaida est vu par nos étudiants américains, noirs, blancs ou hispaniques comme le symptôme d’un dérèglement psychotique d’une partie de la jeunesse. Ces tueurs qui sont des « jeunes comme tout le monde, apparemment intégrés dans leurs communautés dévoilent les tensions en cours dans la société américaine. « Pourvu qu’ils ne soient pas musulmans » disait-on avant de découvrir qu’ils l’étaient. Et d’autres disaient : « Pourvu qu’ils ne soient pas des extrémistes de droite ».
Le tissu social se déchire, là-bas comme ici et les visions du monde et de la famille suscitent des combats fratricides au sein des nations dites civilisées. La France n’est pas épargnée en ce temps de crise et d’inquiétude morale.
(article rédigé avec Nicole Rothenbühler)
Le mariage pour tous: pour tous vraiment?
Manifestations, violences, insultes. Deux camps irréductibles qui s’affrontent. Que nous disent ces violences extrêmes ?
Quelles sont les conséquences de telles oppositions pour notre vie collective ? Quelle vision de l’avenir nous donne ces déchirures de la société ?
Une fois de plus, nous constatons la division profonde de notre société coupée en deux sur un certain nombre de questions touchant à l’identité individuelle ou collective : la place de l’Islam, la laïcité, le rôle positif ou négatif de l’immigration, l’identité ou la préférence nationale… et bien évidemment le mariage pour tous et la filiation.
De notre point de vue, les partisans et les adversaires du mariage pour tous ont raison et tort tout à la fois.
Les partisans ont une vision positive des différences. Ils souhaitent une intégration harmonieuse de tous dans la société. Mais cette vision qui se veut pleine d’amour pour tous les êtres humains, quelle que soit leur orientation sexuelle cache une peur et une haine.
La peur, c’est la peur de l’exclusion. Aucun être humain ne devrait être exclu de l’amour universel qui est un idéal souhaitable. La haine, c’est la haine de l’ordre établi et de l’autorité qui s’impose aux individus.
Les adversaires du mariage pour tous ont une vision positive de l’ordre. Ils souhaitent la préservation d’un socle social stable et solide, presque éternel. Leur peur, c’est la peur du chaos et ils haïssent les différences qui peuvent menacer cet ordre.
Partisans et adversaires ont en commun leur désir de bâtir un monde qui permette le bonheur et l’épanouissement des êtres humains. Cependant, les deux visions du monde restent en contradiction et même dans une farouche opposition qui ne laisse pas de place au débat.
Les uns se battent pour préserver les fondements de la société qui existent. Les autres luttent pour faire bouger les limites qui restreignent la liberté des individus
En réalité, ces deux forces sont nécessaires pour faire société : toute société a besoin d’ une base solide et en même temps d’une possibilité pour les personnes et les groupes de changer et d’évoluer, de faire évoluer les lois pour s’adapter aux changements profonds des mœurs et des mentalités.
Mais parce que ces deux idéologies sont contaminées par la peur, leur vision de la réalité est partielle.
Ainsi ceux qui sont pour le mariage pour tous minimisent les bouleversements provoqués par un changement rapide. Le recul n’existe pas pour savoir ce qu’il en sera des relations et du devenir de l’éducation des enfants. Les adversaires, de leur côté exagèrent les bouleversements et les dangers générés par ces changements.
Une fois de plus, on constate que le débat démocratique n’existe pas vraiment et qu’une pensée manichéenne empêche d’aller au fond, dans une vision de la réalité qui respecte la complexité des problèmes et tienne compte de l’ensemble des besoins des êtres humains.
Quelles sont les conséquences de telles oppositions pour notre vie collective ? Quelle vision de l’avenir nous donne ces déchirures de la société ?
Une fois de plus, nous constatons la division profonde de notre société coupée en deux sur un certain nombre de questions touchant à l’identité individuelle ou collective : la place de l’Islam, la laïcité, le rôle positif ou négatif de l’immigration, l’identité ou la préférence nationale… et bien évidemment le mariage pour tous et la filiation.
De notre point de vue, les partisans et les adversaires du mariage pour tous ont raison et tort tout à la fois.
Les partisans ont une vision positive des différences. Ils souhaitent une intégration harmonieuse de tous dans la société. Mais cette vision qui se veut pleine d’amour pour tous les êtres humains, quelle que soit leur orientation sexuelle cache une peur et une haine.
La peur, c’est la peur de l’exclusion. Aucun être humain ne devrait être exclu de l’amour universel qui est un idéal souhaitable. La haine, c’est la haine de l’ordre établi et de l’autorité qui s’impose aux individus.
Les adversaires du mariage pour tous ont une vision positive de l’ordre. Ils souhaitent la préservation d’un socle social stable et solide, presque éternel. Leur peur, c’est la peur du chaos et ils haïssent les différences qui peuvent menacer cet ordre.
Partisans et adversaires ont en commun leur désir de bâtir un monde qui permette le bonheur et l’épanouissement des êtres humains. Cependant, les deux visions du monde restent en contradiction et même dans une farouche opposition qui ne laisse pas de place au débat.
Les uns se battent pour préserver les fondements de la société qui existent. Les autres luttent pour faire bouger les limites qui restreignent la liberté des individus
En réalité, ces deux forces sont nécessaires pour faire société : toute société a besoin d’ une base solide et en même temps d’une possibilité pour les personnes et les groupes de changer et d’évoluer, de faire évoluer les lois pour s’adapter aux changements profonds des mœurs et des mentalités.
Mais parce que ces deux idéologies sont contaminées par la peur, leur vision de la réalité est partielle.
Ainsi ceux qui sont pour le mariage pour tous minimisent les bouleversements provoqués par un changement rapide. Le recul n’existe pas pour savoir ce qu’il en sera des relations et du devenir de l’éducation des enfants. Les adversaires, de leur côté exagèrent les bouleversements et les dangers générés par ces changements.
Une fois de plus, on constate que le débat démocratique n’existe pas vraiment et qu’une pensée manichéenne empêche d’aller au fond, dans une vision de la réalité qui respecte la complexité des problèmes et tienne compte de l’ensemble des besoins des êtres humains.
(article rédigé avec Nicole Rothenbühler)
Médiapart et nous: réflexions politico-thérapeutiques
A la suite de nos
réflexions sur l’affaire Cahuzac, voici ce que nous inspire la toute
nouvelle adulation du site Mediapart dirigé par Edwy Plenel (en quelques
jours 10.000 abonnés supplémentaires).
En premier lieu, il faut reconnaître qu’il existe en nous le besoin de constater l’existence dans nos sociétés d’êtres humains et surtout de responsables politiques moins corrompus, moins « pourris que d’autres » et qui représentent des vertus que nous chérissons.
Il est certain qu’il existe des êtres humains plus moraux et vertueux que d’autres, mais pour découvrir ce qu’il en est réellement, nous avons besoin d’autre chose que de discours, aussi convaincants et sincères soient-ils.
Plus profondément et parfois inconsciemment, notre besoin est même de croire qu’il existe quelque chose qui serait le Bien absolu, opposé au Mal. Quand nous pensons appartenir à ce camp du Bien, nous avons besoin de croire qu’Edwy Plenel est plus indépendant que d’autres journalistes et Jean-Luc Mélenchon plus attaché au bien public que Nicolas Sarkozy.
Ne nous trompons pas : il ne s’agit pas, pour nous, d’affirmer que la poursuite du Bien n’est pas un objectif légitime. Nous sommes intimement convaincus qu’il est bon de se battre pour qu’il y ait plus de justice dans la société, pour que le peuple ait les mêmes droits que les élites, pour qu’il y ait moins de pauvres et de gens jetés à la rue. Nous sommes convaincus que ce combat est noble, légitime et nécessaire.
Mais en même temps nous observons que ce combat pour la justice souvent ne s’appuie pas toujours sur une connaissance de la réalité, obtenue grâce à un esprit critique toujours en éveil, mais sur une idéologie qui ne s’exprime que par un discours. Là est le danger. On ne peut pas ne pas être d’accord avec ce que dit cette idéologie : vivre dans un monde égalitaire sans discrimination d’aucune sorte, sans racisme ; vivre dans une Europe unie et fraternelle, dans un monde sans frontières, ni barrières, ni murs qui séparent les hommes. Un danger disons-nous, alors que rien n’est plus beau que cet idéal?
Une idéologie, comme nous l’entendons ici, n’est qu’une projection dans l’avenir de nos aspirations. Elle n’est que cela, si elle n’est pas accompagnée justement de l’esprit critique qui permet une vision de la complexité et de la totalité de la réalité.
Face à la complexité du monde, ayant du mal à comprendre les incohérences économiques, les manigances des financiers, la violence des guerres et même et de la vie collective, le citoyen d’aujourd’hui se sent impuissant.
Dès qu’on lui amène des preuves que le système politique est corrompu, que les puissants sont tous des « pourris », ce citoyen va avoir l’impression de comprendre un peu ce qui le dépasse. Il va être conforté dans un imaginaire complotiste qui reflète en réalité sa vision de l’autorité, qui reflète le sentiment qui nous habite tous que nous sommes des enfants innocents et victimes, manipulés par des adultes tout-puissants.
Ainsi, quand Mediapart s’attaque aux puissants, aux personnes en vues, les nombreuses personnes qui ont justement aujourd’hui cet imaginaire complotiste et qui ont besoin de se raccrocher à des vérités stables et définitives, vont penser que ce média-là qui leur apporte les preuves de la malfaisance des puissances est un média indépendant et objectif. Ils ne voient pas que cette critique est peu à peu devenue la Bien-pensance. Aujourd’hui en effet, s’attaquer à la finance mondialisée, aux riches, aux racistes ne mène personne en prison. Bien au contraire. Il faut voir le succès du petit ouvrage : « Indignez-vous » de Stéphane Hessel qui reflète si bien de telles aspirations.
Bien entendu, nous ne contestons la nécessité de la recherche de la vérité. Il est bien que l’on puisse avoir les preuves de la malfaisance de certains puissants mais il faut constater en même temps que cette recherche de preuves de malfaisance n’est dirigée que dans une unique direction.
En vérité, si l’on veut se donner la tâche de démasquer le Mal dans la société, alors il faut regarder de tous les côtés : regarder ce qui se passe dans les syndicats, les partis politiques d’extrême-gauche, les quartiers de banlieues, les entreprises, les églises, les familles, les médias indépendants eux-mêmes.
Il est évident que Mediapart n’a jamais l’idée de faire des enquêtes inquisitrices avec le même acharnement dans les familles, les quartiers, dans tous les endroits cachés de la société qui sont en réalité beaucoup plus soustraits à l’inquisition et à la recherche de preuves que les personnalités en vue, bien plus exposées.
En effet, contrairement à ce qu’on croit communément, il est plus facile d’enquêter sur des personnes exposées par leur train de vie. On est aidé par les copains de son propre bord, par des réseaux et on les moyens technologiques, informatiques ou autres, qui sont absolument nécessaires pour ce travail d’investigation. Et surtout on en a la motivation. On retrouve là le rôle de l’idéologie. Quand on appartient à un camp idéologique, et que l’on pense que le peuple est plus vertueux que les puissants, on ne va pas être très motivés pour aller chercher des preuves de malfaisance dans les prisons, les cités, chez les sans-papiers, les immigrés.
Mediapart se dit indépendant, mais en réalité ce média est indépendant par rapport à la presse qui est contrôlée par des capitaux appartenant au monde des dominants. Il n’est pas indépendant de ses préjugés et des propagandes.
Lorsqu’on critique les privilégiés d’un système, on s’adresse à des gens qui ont déjà ce parti-pris que seuls les puissants sont mauvais et corrompus. Comme cette critique conforte les points de vue ceux qui pensent que le Mal dans la société existe à cet endroit-là seulement ou principalement, le sens critique disparaît. A ce moment-là, on croit appartenir au camp du Bien et on risque de sombrer dans le manichéisme et le complotisme.
Encore une fois, nous ne disons pas que le combat pour la justice est vain mais nous tenons à répéter que sans esprit critique, sans une vision claire de la complexité des réalités sociales, il n’est pas possible de changer le monde.
On ne changera pas en profondeur une société inégalitaire et injuste, en passant de Louis XVI à Robespierre, du Tsar de Russie à Staline, de Sarkozy à Hollande et même de Hollande à Mélenchon.
La vraie révolution commence dans le cœur des hommes qui s’unissent pour combattre en regardant ce qu’ils sont réellement et ce qu’est le monde autour d’eux sans être manipulés par des propagandes, de quels que bords qu’elles proviennent.
En premier lieu, il faut reconnaître qu’il existe en nous le besoin de constater l’existence dans nos sociétés d’êtres humains et surtout de responsables politiques moins corrompus, moins « pourris que d’autres » et qui représentent des vertus que nous chérissons.
Il est certain qu’il existe des êtres humains plus moraux et vertueux que d’autres, mais pour découvrir ce qu’il en est réellement, nous avons besoin d’autre chose que de discours, aussi convaincants et sincères soient-ils.
Plus profondément et parfois inconsciemment, notre besoin est même de croire qu’il existe quelque chose qui serait le Bien absolu, opposé au Mal. Quand nous pensons appartenir à ce camp du Bien, nous avons besoin de croire qu’Edwy Plenel est plus indépendant que d’autres journalistes et Jean-Luc Mélenchon plus attaché au bien public que Nicolas Sarkozy.
Ne nous trompons pas : il ne s’agit pas, pour nous, d’affirmer que la poursuite du Bien n’est pas un objectif légitime. Nous sommes intimement convaincus qu’il est bon de se battre pour qu’il y ait plus de justice dans la société, pour que le peuple ait les mêmes droits que les élites, pour qu’il y ait moins de pauvres et de gens jetés à la rue. Nous sommes convaincus que ce combat est noble, légitime et nécessaire.
Mais en même temps nous observons que ce combat pour la justice souvent ne s’appuie pas toujours sur une connaissance de la réalité, obtenue grâce à un esprit critique toujours en éveil, mais sur une idéologie qui ne s’exprime que par un discours. Là est le danger. On ne peut pas ne pas être d’accord avec ce que dit cette idéologie : vivre dans un monde égalitaire sans discrimination d’aucune sorte, sans racisme ; vivre dans une Europe unie et fraternelle, dans un monde sans frontières, ni barrières, ni murs qui séparent les hommes. Un danger disons-nous, alors que rien n’est plus beau que cet idéal?
Une idéologie, comme nous l’entendons ici, n’est qu’une projection dans l’avenir de nos aspirations. Elle n’est que cela, si elle n’est pas accompagnée justement de l’esprit critique qui permet une vision de la complexité et de la totalité de la réalité.
Face à la complexité du monde, ayant du mal à comprendre les incohérences économiques, les manigances des financiers, la violence des guerres et même et de la vie collective, le citoyen d’aujourd’hui se sent impuissant.
Dès qu’on lui amène des preuves que le système politique est corrompu, que les puissants sont tous des « pourris », ce citoyen va avoir l’impression de comprendre un peu ce qui le dépasse. Il va être conforté dans un imaginaire complotiste qui reflète en réalité sa vision de l’autorité, qui reflète le sentiment qui nous habite tous que nous sommes des enfants innocents et victimes, manipulés par des adultes tout-puissants.
Ainsi, quand Mediapart s’attaque aux puissants, aux personnes en vues, les nombreuses personnes qui ont justement aujourd’hui cet imaginaire complotiste et qui ont besoin de se raccrocher à des vérités stables et définitives, vont penser que ce média-là qui leur apporte les preuves de la malfaisance des puissances est un média indépendant et objectif. Ils ne voient pas que cette critique est peu à peu devenue la Bien-pensance. Aujourd’hui en effet, s’attaquer à la finance mondialisée, aux riches, aux racistes ne mène personne en prison. Bien au contraire. Il faut voir le succès du petit ouvrage : « Indignez-vous » de Stéphane Hessel qui reflète si bien de telles aspirations.
Bien entendu, nous ne contestons la nécessité de la recherche de la vérité. Il est bien que l’on puisse avoir les preuves de la malfaisance de certains puissants mais il faut constater en même temps que cette recherche de preuves de malfaisance n’est dirigée que dans une unique direction.
En vérité, si l’on veut se donner la tâche de démasquer le Mal dans la société, alors il faut regarder de tous les côtés : regarder ce qui se passe dans les syndicats, les partis politiques d’extrême-gauche, les quartiers de banlieues, les entreprises, les églises, les familles, les médias indépendants eux-mêmes.
Il est évident que Mediapart n’a jamais l’idée de faire des enquêtes inquisitrices avec le même acharnement dans les familles, les quartiers, dans tous les endroits cachés de la société qui sont en réalité beaucoup plus soustraits à l’inquisition et à la recherche de preuves que les personnalités en vue, bien plus exposées.
En effet, contrairement à ce qu’on croit communément, il est plus facile d’enquêter sur des personnes exposées par leur train de vie. On est aidé par les copains de son propre bord, par des réseaux et on les moyens technologiques, informatiques ou autres, qui sont absolument nécessaires pour ce travail d’investigation. Et surtout on en a la motivation. On retrouve là le rôle de l’idéologie. Quand on appartient à un camp idéologique, et que l’on pense que le peuple est plus vertueux que les puissants, on ne va pas être très motivés pour aller chercher des preuves de malfaisance dans les prisons, les cités, chez les sans-papiers, les immigrés.
Mediapart se dit indépendant, mais en réalité ce média est indépendant par rapport à la presse qui est contrôlée par des capitaux appartenant au monde des dominants. Il n’est pas indépendant de ses préjugés et des propagandes.
Lorsqu’on critique les privilégiés d’un système, on s’adresse à des gens qui ont déjà ce parti-pris que seuls les puissants sont mauvais et corrompus. Comme cette critique conforte les points de vue ceux qui pensent que le Mal dans la société existe à cet endroit-là seulement ou principalement, le sens critique disparaît. A ce moment-là, on croit appartenir au camp du Bien et on risque de sombrer dans le manichéisme et le complotisme.
Encore une fois, nous ne disons pas que le combat pour la justice est vain mais nous tenons à répéter que sans esprit critique, sans une vision claire de la complexité des réalités sociales, il n’est pas possible de changer le monde.
On ne changera pas en profondeur une société inégalitaire et injuste, en passant de Louis XVI à Robespierre, du Tsar de Russie à Staline, de Sarkozy à Hollande et même de Hollande à Mélenchon.
La vraie révolution commence dans le cœur des hommes qui s’unissent pour combattre en regardant ce qu’ils sont réellement et ce qu’est le monde autour d’eux sans être manipulés par des propagandes, de quels que bords qu’elles proviennent.
(article rédigé avec Nicole Rothenbühler)
mercredi 10 avril 2013
CAHUZAC ET MOI
L’affaire Cahuzac hante en ce moment les
medias et l’opinion publique. Qu’en pense le citoyen et le
psychothérapeute que je suis ? Quel est le point de vue de la Thérapie
Sociale que je représente ?
Dans ce matin de printemps hivernal, les arbres que j’aperçois de ma fenêtre sont dénudés désespérément, comme engourdis par le froid. Quelques timides chants d’oiseaux tentent de nous faire croire que la belle saison est proche.
Mais que de désillusions dans le monde ! Le printemps arabe n’est plus. Le processus de paix au Moyen-Orient piétine. La guerre est à nos portes : l’Iran, la Corée, le Mali… Sans parler des conflits meurtriers et invisibles un peu partout en Afrique. Chez nous, le chômage, le chaos prévisible. Où en sommes-nous ? Il semblerait que nous vivions au bord d’un abîme, sans le percevoir réellement, nous aussi engourdis par le froid de ce printemps qui n’arrive pas.
Vers quoi, vers qui porter notre confiance ? Il semblerait que rien ni personne ne puisse générer l’espoir d’un avenir meilleur. La tentation est grande de se raccrocher à des mystiques exotiques ou d’essayer de la psychologie positive : ne pas regarder ce qui va mal, mais plutôt ce qui va bien.
Que m’apprend mon travail quotidien ? Que c’est au contraire l’acceptation de l’existence du Mal qui permet d’avancer, de progresser. Que nous ne sommes pas des êtres parfaits et toujours lumineux. Que nous ne sommes pas des saints ou des héros, vierges de toute violence, de toute compromission.
Le combat contre le Mal, qu’il se nomme corruption, cruauté, lâcheté, mensonge, trahison passe par la reconnaissance que nous ne sommes pas indemnes de ce Mal-là.
Le danger ultime serait de croire que nous ne sommes pas faits de ce bois humain qui brûle et peut porter l’incendie.
Alors Cahuzac ? Eh bien, Cahuzac, c’est moi. Et je ne dois jamais l’oublier. Si l’on m’offrait sur un plateau d’argent le Pouvoir, ce poison délicieux qui peut parfois s’accompagne d’une promesse d’impunité, que serai-je face à la tentation ? Je me dis que je ne dois jamais oublier à quel point je suis faible et faillible.
Bien sûr je ne dois pas oublier non plus ma force et mes vertus mais je sais que je ne pourrai participer à la création d’un monde meilleur pour mes enfants et descendants que si je reste en permanence conscient que je suis partie prenante du Bien et du mal, certainement pas innocent et toujours responsable de ce qui se fait en moi, avec moi et autour de moi.
L’affaire Cahuzac me rappelle à l’ordre. Je ne peux croire que seuls les puissants de ce monde risquent de perdre leur âme et de chuter dans les abimes de la dépravation morale. Je ne veux pas chercher refuge dans les haines vindicatives qui recherchent des boucs émissaires. Je dois continuer la route avec moi-même, mes proches et tous ceux qui me font l’honneur de me confier dans le secret des groupes ou de mon cabinet les abimes et les hauteurs de l’âme humaine dans une époque à la fois déroutante, inquiétante et fascinante.
Dans ce matin de printemps hivernal, les arbres que j’aperçois de ma fenêtre sont dénudés désespérément, comme engourdis par le froid. Quelques timides chants d’oiseaux tentent de nous faire croire que la belle saison est proche.
Mais que de désillusions dans le monde ! Le printemps arabe n’est plus. Le processus de paix au Moyen-Orient piétine. La guerre est à nos portes : l’Iran, la Corée, le Mali… Sans parler des conflits meurtriers et invisibles un peu partout en Afrique. Chez nous, le chômage, le chaos prévisible. Où en sommes-nous ? Il semblerait que nous vivions au bord d’un abîme, sans le percevoir réellement, nous aussi engourdis par le froid de ce printemps qui n’arrive pas.
Vers quoi, vers qui porter notre confiance ? Il semblerait que rien ni personne ne puisse générer l’espoir d’un avenir meilleur. La tentation est grande de se raccrocher à des mystiques exotiques ou d’essayer de la psychologie positive : ne pas regarder ce qui va mal, mais plutôt ce qui va bien.
Que m’apprend mon travail quotidien ? Que c’est au contraire l’acceptation de l’existence du Mal qui permet d’avancer, de progresser. Que nous ne sommes pas des êtres parfaits et toujours lumineux. Que nous ne sommes pas des saints ou des héros, vierges de toute violence, de toute compromission.
Le combat contre le Mal, qu’il se nomme corruption, cruauté, lâcheté, mensonge, trahison passe par la reconnaissance que nous ne sommes pas indemnes de ce Mal-là.
Le danger ultime serait de croire que nous ne sommes pas faits de ce bois humain qui brûle et peut porter l’incendie.
Alors Cahuzac ? Eh bien, Cahuzac, c’est moi. Et je ne dois jamais l’oublier. Si l’on m’offrait sur un plateau d’argent le Pouvoir, ce poison délicieux qui peut parfois s’accompagne d’une promesse d’impunité, que serai-je face à la tentation ? Je me dis que je ne dois jamais oublier à quel point je suis faible et faillible.
Bien sûr je ne dois pas oublier non plus ma force et mes vertus mais je sais que je ne pourrai participer à la création d’un monde meilleur pour mes enfants et descendants que si je reste en permanence conscient que je suis partie prenante du Bien et du mal, certainement pas innocent et toujours responsable de ce qui se fait en moi, avec moi et autour de moi.
L’affaire Cahuzac me rappelle à l’ordre. Je ne peux croire que seuls les puissants de ce monde risquent de perdre leur âme et de chuter dans les abimes de la dépravation morale. Je ne veux pas chercher refuge dans les haines vindicatives qui recherchent des boucs émissaires. Je dois continuer la route avec moi-même, mes proches et tous ceux qui me font l’honneur de me confier dans le secret des groupes ou de mon cabinet les abimes et les hauteurs de l’âme humaine dans une époque à la fois déroutante, inquiétante et fascinante.
vendredi 1 février 2013
15 février conférence à Philadelphie
Je serai en conférence à Philadelphie, Etats-Unis, le 15 février, en collaboration avec I.D.E.A.L. Office of
Institutional Diversity, Equity, Advocacy and Leadership, Temple
University.
http://www.temple.edu/ideal/ TSTSymposium.html
GRADUATE CERTIFICATE IN DIVERSITY LEADERSHIP
Advancing Multicultural, Intercultural, and Intergroup Relations through Dialogue and Action
CERTIFICATE AWARD CEREMONY AND SYMPOSIUM
DIVERSITY LEADERSHIP THROUGH TRANSFORMATIONAL SOCIAL THERAPY: THEORY AND APPLICATION
Friday, February 15, 2013 8am to 1pm
Temple University, Howard Gittis Student Center, Room 217AB 1755 N. 13th Street, Philadelphia, PA 19122
http://www.temple.edu/ideal/CertificateinDiversityLeadership.html
http://www.temple.edu/ideal/
GRADUATE CERTIFICATE IN DIVERSITY LEADERSHIP
Advancing Multicultural, Intercultural, and Intergroup Relations through Dialogue and Action
CERTIFICATE AWARD CEREMONY AND SYMPOSIUM
DIVERSITY LEADERSHIP THROUGH TRANSFORMATIONAL SOCIAL THERAPY: THEORY AND APPLICATION
Friday, February 15, 2013 8am to 1pm
Temple University, Howard Gittis Student Center, Room 217AB 1755 N. 13th Street, Philadelphia, PA 19122
http://www.temple.edu/ideal/CertificateinDiversityLeadership.html
mardi 22 janvier 2013
Mes vœux pour 2013 et les années suivantes?
Voici ce
qui me paraît vital pour les années à venir : il nous faut d’urgence apprendre
individuellement et collectivement à assumer notre humanité.
Deux
illusions ont marqué le siècle précédent : le projet révolutionnaire, qui n’a
pas voulu ou pu tenir compte des passions humaines et qui, dans bien des cas,
s’acheva de façon sanglante, et le projet de développement personnel, qui oublia
l’importance décisive de l’environnement social, économique et politique.
Certes, de part et d’autre, il y eut et il y a encore des réalisations
effectives à porter à leur acquis : bon nombre de personnes furent sauvées du
désespoir ou de l’autodestruction par la psychothérapie ou d’autres formes de
cheminement intérieur et personnel. Les luttes collectives ont permis des
libérations et l’ouverture d’horizons. Malgré tout, en ce début de XXIème
siècle, il semble que des dangers nouveaux apparaissent, comme le terrorisme de
masse, les tentations totalitaires et fondamentalistes, le règne du profit dans
lois et l’épuisement des ressources naturelles. L’homme et la planète sont en
danger.
Une
guérison collective est nécessaire qui tiendrait compte à la fois du besoin de
transformation personnelle et du besoin de transformation des structures
sociales. Dans cette direction, mes nombreuses expériences de Thérapie Sociale
en France et à l’étranger m’ont permis d’identifier trois défis principaux pour
le siècle qui commence : former les personnes qui devront accompagner les
processus de réconciliation et de guérison collective, éduquer à la vie
démocratique pour faire face aux tentations totalitaires, transformer la
violence et la folie qui font obstacle à une vie collective épanouissante.
La Thérapie
Sociale répond, la plupart du temps, à des situations d’urgence, mais comment ne
pas voir que ce que favorise ce travail, à savoir la créativité, la confiance en
soi, l’autonomie et la gestion des conflits, fait partie aujourd’hui des
objectifs qui doit se donner une démocratie faible, qui a besoin de se fortifier
pour résister aux tentations du communautarisme, du tribalisme et d’une forme ou
une autre de totalitarisme ?
En effet
une démocratie faible, qui ne favorise pas le dialogue conflictuel et donne aux
citoyens un sentiment d’impuissance, crée beaucoup de désordres, d’inégalités et
d’injustices. Si les citoyens ne sont pas formés à la vie démocratique et en
mesure de « savoir vivre ensemble », le danger est grand qu’ils aspirent à des
solutions radicales et exclusives. Le totalitarisme n’est pas seulement un
régime, il est aussi une attitude qui consiste à répondre aux souffrances vécues
par la nostalgie d’une société parfaite, débarrassée du mal définitivement.
mercredi 2 janvier 2013
samedi 27 octobre 2012
Rdv le 1er décembre pour une conférence à l'Ile de la Réunion
Je parlerai le 1er décembre à la conférence TED de l'Ile de la Réunion, organisée par Yves Mathieu.
Les conférences TED (Technology Entertainment Design) ont été créées dans les années 80 à Monterey, en Californie, par un groupe de créatifs réunis en une ASBL. Leur idée : confronter en un jour des esprits brillants, innovants, créatifs, réaliser un bouillon d’idées neuves. On y entend aussi bien des politiciens (Clinton, Gore), des grands scientifiques que des artistes (Bono, Peter Gabriel). Chaque participant vient gratuitement et parle 18 minutes, ni plus ni moins, un temps calculé pour une écoute maximale. Il n’y a pas de débats mais des pauses pendant lesquelles les orateurs se mêlent au public.
Les conférences TED (Technology Entertainment Design) ont été créées dans les années 80 à Monterey, en Californie, par un groupe de créatifs réunis en une ASBL. Leur idée : confronter en un jour des esprits brillants, innovants, créatifs, réaliser un bouillon d’idées neuves. On y entend aussi bien des politiciens (Clinton, Gore), des grands scientifiques que des artistes (Bono, Peter Gabriel). Chaque participant vient gratuitement et parle 18 minutes, ni plus ni moins, un temps calculé pour une écoute maximale. Il n’y a pas de débats mais des pauses pendant lesquelles les orateurs se mêlent au public.
Un monde de gentils et de méchants
Qui sont les gentils ? Qui sont les méchants ? C’est en ces termes-là que la réalité du
monde est simplifiée, voire même trop souvent ignorée. On dit qu’il y a des
musulmans gentils- « la masse des musulmans qui vivent leur religion dans
le calme et la sérénité »- et des musulmans méchants- les
fondamentalistes, les radicaux et les terroristes. Les rebelles syriens sont
des gentils qui combattent le méchant Assad et sa clique. Le gentil Assad
défend son peuple contre les méchants rebelles, armés et financés par la CIA et
le Mossad qui sont des méchants. Les banques sont méchantes qui veulent le
malheur des peuples ou restent indifférentes à leur sort. L’ennui est que les
gentils et les méchants ne sont pas les mêmes pour tout le monde. Parfois même,
ça se complique : le gentil Obama a succédé au méchant Bush et puis le
gentil est devenu un méchant qui fait la guerre en Afghanistan ou plutôt c’est
une gentille marionnette manipulée par des méchants de l’ombre.
Mais
comment décide-t-on qui est gentil et qui est méchant ? Ce n’est pas une
pensée libre qui décide, qui accepte de ne pas juger quand elle ne sait pas
vraiment, qui tient compte de la complexité du monde et de ses enjeux, mais une
idéologie manichéenne, forgée très tôt dans l’enfance des individus, leur
relation à l’autorité, les blessures narcissiques subies ou l’histoire
collective de leur groupe d’appartenance. Les uns s’identifient aux faibles et
aux victimes supposées et haïssent les puissants qui les manipuleraient comme
ils ont été manipulés eux-mêmes par
leurs parents, en rejetant leur héritage social et en valorisant systématiquement le dominé et l’opprimé, du
moins tel à leurs yeux.. Les autres, maltraités par des parents autoritaires et
violents, évacuent leur haine sur des boucs émissaires. Toutes ces blessures d’enfants
maltraités, humiliés ou abandonnés, toutes les blessures de l’humiliation et de l’échec
collectifs, telles qu’elles s’expriment, par exemple, dans le monde
arabo-musulman ou dans les banlieues françaises, créent des ressentiments, des frustrations et
en conséquence une violence verbale qui s’exprime sur le mode accusatoire,
complotiste ou victimisant.
Bien
sûr, journalistes, politiciens ou militants
n’utilisent pas les mots des enfants : gentils et méchants, mais ils
ont leur propres codes qui disent en fait la même chose en décrivant des
réalités angéliques ou diaboliques. De
plus, l’imaginaire manichéen du monde intérieur
de chacun est manipulé par les propagandes qui connaissent bien la séduction de cette
division du monde entre le Bien et le Mal.
Ce n’est
pas la connaissance de la réalité qui importe aux propagandistes et à leurs
récepteurs mais l’émotion qu’on souhaite susciter ou que l’on ressent ainsi que
le sentiment de sécurité qu’offre la certitude.
Pour les
propagandistes, les coupables sont invariablement les mêmes, sans que soit
posée la question des interactions entre les uns et les autres. En lisant leurs
écrits ou leurs témoignages visuels, on sait déjà où se situent le bien et le
mal, même si l’auteur n’est pas forcément expert sur le sujet.
Les récepteurs des propagandistes choisissent leur camp et c’est ainsi qu’on peut prédire les opinions les plus extrêmes, même quand elles s’expriment uniquement dans le cercle des proches. Ainsi le geste d’un Andres Brevik comme celui d’un Mohammed Merah sont approuvés par une masse de gens beaucoup plus importante qu’on ne le dit. Même si le crime paraît abominable, l’intention est approuvée pour l’un par ceux qui se disent écrasés et dominés par les manigances des puissants, des juifs en particulier "qui ont tout alors qu’on a rien" et pour l’autre par ceux qui observent avec colère "les méfaits d’une immigration musulmane qui ne respecte pas les codes et les normes du pays d’accueil. " Ainsi, la pensée manichéenne se répand et divise en camps irréductibles. Ce qui est la condition nécessaire, mais espérons-le pas suffisante, pour de futures guerres civiles.
mercredi 24 octobre 2012
Débat à la Cité de la Réussite octobre 2012
Mon débat à la Cité de la Réussite à la SOrbonne dans le Grand Amphithéâtre avec Gilles Bernheim, Grand Rabbin de France, André Comte-Sponville, Patrick Pelloux et animé par Serge Moati
vendredi 7 septembre 2012
lundi 3 septembre 2012
lundi 27 août 2012
12-14 septembre FORUM SPIRIT OF HUMANITY REYKJAVIK ICELAND ISLANDE
12-14 Septembre, Charles ROJZMAN is invited to the inaugural meeting in Reykjavik, Iceland of a new global forum called the Spirit of Humanity. The Forum will explore the role of higher human values and spirituality in empowering effective decision making at personal, community, national and international levels. The first event has the theme
“Re-setting the Compass - creating a
landscape of possibilitis. It will bring together around 100
influential individuals who recognise that lasting solutions to crises
often require an involvement of the heart, rather than purely
intellectual or material considerations.
"At the Forum, we
wish to model an inclusive way of working and communicating as we feel
that everyone can and does make a difference. Our experienced key
facilitators will help in this process, ensuring that everyone’s voices
are heard. Our purpose is to explore, listen and learn together. The
Forum will be opened by HE The President of Iceland and our participants
include those from the fields of governance, finance, environment,
peace-building, education and the arts. "
mercredi 1 août 2012
Il est temps de construire une véritable fraternité !
J’ai en mémoire à l’instant cette intervention que j’ai conduite dans une banlieue de la région parisienne avec un groupe d’adultes de toutes origines. A la fin d’une longue discussion sur les problèmes du quartier, un des participants d’origine égyptienne, me rejoint à la pause et me dit : « tout ça, ce n’est pas l’essentiel. Le vrai problème, c’est la haine. »
La haine… Il me rappelait que nous avions les moyens techniques de résoudre les problèmes mais que les véritables obstacles étaient d’un autre ordre : humains et précisément passionnels. Voilà pourquoi de simples experts ne peuvent régler ces problèmes posés par la vie collective dans les territoires. Pour cela, nous avons besoin de l’adhésion, de la volonté des citoyens. Nous avons aussi besoin de leurs connaissances, de leurs expertises de terrain à eux. Cette intelligence collective est indispensable dans une vraie vie démocratique. Malheureusement, elle n’existe pas vraiment, elle reste bloquée à cause des suspicions et des ressentiments.
Voilà pourquoi j’ai fini par développer une pensée personnelle sur ces sujets et inventer une démarche d’intervention que je pratique depuis vingt ans dans les banlieues françaises mais maintenant aussi et surtout aux Etats-Unis, en Russie, au Moyen-Orient, dans l’Afrique des Grands Lacs et aussi dans différents pays d’Europe occidentale, partout où le vivre-ensemble est menacé ou n’existe plus.
Les résultats sont probants mais leur véritable impact relèverait d’une volonté politique et d’un acharnement à la mise en œuvre… Malheureusement, je n’ai pas suffisamment rencontré cet acharnement… En particulier dans ce pays, où les responsables politiques de droite comme de gauche se contentent trop souvent d’effets d’annonce et ne se risquent pas à entamer des processus qui supposeraient une prise de responsabilité à tous les niveaux.
L’importance du lien
Malgré tout, la rencontre de tous les acteurs des conflits, qu’ils soient habitants de quartiers, policiers, enseignants, élus, ou ailleurs exécutants de génocides, victimes ou auteurs du racisme et de la violence, m’a permis de comprendre le rôle du lien humain dans la résolution des problèmes complexes du monde d’aujourd’hui. Et inversement, j’ai pu constater les dangers de la solitude, du regroupement clanique, de l’égoïsme social et du manichéisme qui attribue aux uns toutes les vertus et diabolise les autres…
Notre époque est marquée par la désintégration sociale, le communautarisme, la ghettoïsation des milieux, les ghettoïsations ethniques et sociales et la ségrégation. Du point de vue émotionnel, nous sommes touchés par la méfiance, la peur et parfois la haine.
On nous parle de plus en plus de démocratie participative et on met en place des dispositifs comme les « conseils de quartiers », ou au Canada les « tables de concertation », sans voir que rien n’est possible sans un lien véritable qui unisse les citoyens.
La démocratie participative est au mieux une coquille vide ou remplie de blabla sans véritable intérêt et au pire, ce qu’on voit dans le fameux printemps arabe, l’expression anarchique des passions collectives manipulées par des propagandes et susceptibles de se retourner contre des boucs-émissaires et de virer carrément au totalitarisme. L’histoire l’a démontré si souvent, le désordre fait peur et se trouve vite remplacé par un ordre imposé et le plus souvent rétrograde.
Alors, attention, il n’y aura pas de véritable vivre ensemble sans un véritable processus d’éducation démocratique !
Mon expérience m’a montré que la sagesse et la raison ne sortaient pas toutes nues de l’expression populaire.
La sagesse et la raison sont des constructions qu’il faut accompagner avec doigté. Faute de quoi cette expression collective n’exprimera que les folies individuelles, surtout dans les périodes dangereuses où le monde vacille sur ses bases et où un sentiment d’insécurité ou de perte engendrent des peurs et des rébellions sans issue.
Créer le lien passe par le conflit
La démocratie participative demande le lien mais ce lien doit se construire à travers le conflit. Or, nous ne sommes pas éduqués au conflit. Bien au contraire, l’évitement des conflits visibles partout est à l’origine de la violence qui empêche le lien. Ce lien ne doit pas être communautaire, tribal, ne doit pas rassembler les mêmes idéologies, les mêmes préjugés, les mêmes rengaines. Il doit se construire à travers le conflit qui met en perspective les différences de normes, de valeurs, de pouvoirs.
Nous évitons le conflit car nous avons peur de la violence et nous tendons à confondre les deux.
Dans ma définition personnelle de la violence, il y a un mélange entre le conflit et une représentation des autres diabolisés, méprisés, enviés. Cette violence s’exprime dans les rapports humains, aussi bien dans les entreprises, les organisations, les quartiers, les familles, par des maltraitances, des humiliations, des culpabilisations, des abandons.
En fait, la violence est la pierre d’achoppement qui nous empêche de réaliser une société plus juste et plus saine.
Nous avons les outils pour l’organisation mais il nous manque les outils humains qui sont la clé du vivre-ensemble.
Les territoires de la République sont la proie des maladies sociales du haut en bas de la société: dépression, sociopathie, paranoïa empêchent de résoudre les problèmes complexes que nous posent le monde d’aujourd’hui. Chacun pour soi ou pour sa tribu, l’autre est un ennemi et pour beaucoup de citoyens, le moi lui-même est accusé de ne pas être à la hauteur.
Alors que faire ?
Il nous faut d’abord éviter tout manichéisme et s’imaginer que les méchants sont d’abord seulement puissants ou racailles, remettre à l’ordre du jour un sens des responsabilités et apprendre à vivre dans une société où le conflit est devenu incontournable.
La crise est là et elle n’est pas seulement économique. Elle est présente partout, c’est une crise de sens, une crise de l’autorité, une crise du travail, une crise du lien.
On ne sortira pas de cette crise multiple par des bouts de ficelles mais par un changement de regard et une évolution qui doit concerner tous les citoyens de ce pays. Sans ce changement en profondeur, nous allons vers ce que nous voyons déjà, la séparation, le dénigrement et la guerre de tous contre tous.
La guerre civile est déjà dans les têtes. Faisons en sorte qu’elle ne détruise pas les dernières fondations de notre vie démocratique, liberté-égalité-fraternité.
Nous savons bien que ce dernier mot, fraternité, est le socle qui permet de réaliser et rendre les deux autres possibles. Mais cette fraternité n’est pas naturelle, elle s’apprend : il faut se consacrer à cet apprentissage qui doit être une priorité aujourd’hui.
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